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Lucie Duban: "Je trouve l'époque passionnante malgré son aspect faussement apocalyptique"

Updated: Oct 15

A la sortie du confinement, on retrouve Lucie Duban, artiste peintre, dans son studio du pays Royannais. Après 15 ans à Aix-en-Provence, Marseille, Londres, et Madrid, elle a ressenti un besoin de verdure, de calme et de simplicité et s’est installée dans la ville de St Georges de Didonne.


Lucie exerce le métier de peintre depuis 13 ans et a accepté de nous parler de ses dernières créations– les séries "Cosmos", "Tropical" et "Luxuriance". Elle nous parle également de ses inspirations, de son regard sur la période en cours ainsi que de son expérience en confinement.



Qu’est-ce qui a inspiré vos trois dernières séries ?


Lucie Duban : Mes dernières séries sont nées spontanément de la réflexion mûrie sur mon travail plastique au fil des années. Je traite de l'interconnexion, des liens dans le vivant et de l'invisible, dans le sens où le matérialisme ne décrit pas la réalité. La mécanique quantique, la cosmologie et le chamanisme sont donc des sources qui inspirent mon travail. Mes séries sont articulées les unes aux autres et imbriquées un peu comme des poupées russes. Tout est interconnecté et nourri d'interactions à toutes les échelles, et c'est aussi la forme que prend mon travail en s'élaborant en séries, toutes liées.

"Cosmos" parle du caractère inouï de la vie sur notre planète depuis la perspective cosmologique, comme un appel à une reconnexion à la dimension magique de la Vie.

"Tropical" c'est la série des peintures qui célèbrent les vibrations colorées que le monde vivant est capable de générer sur Terre.

"Luxuriance" va mettre l'accent sur l'intrication dans le vivant et cette fameuse intelligence du vivant, à des échelles imperceptibles pour l'œil humain, mais dont les dynamiques sont essentielles.

Les couleurs dominantes de "Tropical", "Cosmos" et "Luxuriance" sont l’orange et le bleu. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?


LD : Alors ce sont purement des choix d'ordre plastique. Le corail orangé de Tropical permet de mettre en balance de beaux contrastes avec des verts anglais prairie et des turquoises qui claquent— ce sont des couleurs qu'on retrouve dans la faune et flore des tropiques. Et c'est aussi l'effet ressenti lorsqu'on observe des végétaux exotiques, c'est coloré, et ça créé un certain enthousiasme visuel. Et donc des vibrations particulières, joyeuses. Le bleu nuit de la série Cosmos, c'est pour le symbolisme de cette palette, pour sa propension à l'évasion, la contemplation et le rêve. Et le calme. Pour Luxuriance, c'est plus varié, chaque œuvre a sa propre palette. Quoiqu'il en soit, les couleurs dégagent des vibrations et donc une certaine énergie. Cela rentre aussi en ligne de compte.

Votre travail est largement influencé par les liens qui nous unissent tous, que ce soit entre nous ou avec le monde végétal ; trouvez-vous donc que cette pandémie a accentué ce sentiment de lien dans votre travail ?


LD : Avec l'intention délibérée et le souhait de convoquer l'onirisme et la contemplation, ma peinture est influencée par l’interconnexion et les liens dans le vivant à toutes les échelles. La période particulière actuelle n'a pas accentué cette idée dans mon travail, puisque c'est sa raison d'être depuis le début. En revanche, cette période améliore la réceptivité de mon travail dû à cet écho. Etant donné que la conscientisation de la notion d'interconnexion et de l’invisible gagne du terrain, ma peinture peut être mieux comprise, et je l'espère, plus pertinente.

Le confinement a t-il été bénéfique dans la création de vos peintures ? Ou, au contraire, le confinement a t-il été un frein dans votre création artistique ?


LD : Au niveau pratique et hormis l'aspect interdiction de sortir, le confinement change peu de choses aux longues heures passées dans son atelier. Simplement pour une fois le monde tournait au ralenti, donc on n'avait pas l'impression de louper des trucs, mais ça n'a pas changé diamétralement le quotidien. D'un autre côté, on a vu des initiatives sur les réseaux notamment Instagram, pour venir en aide aux artistes visuels, vraiment bénéfiques, que je souhaiterais voir perdurer. On devrait agir ainsi tout le temps en fait, pas seulement en temps de crise. A titre personnel, étant une grande curieuse, j'ai commencé à me pencher sur la gnose pendant cette période. Cela nourrira probablement ma peinture à terme.

Vos trois dernières séries on-t-elle été directement influencées par le COVID-19 et le confinement qui a suivi ?


LD : Pas directement, sauf pour la mini-série commencée durant le confinement « Alam-Al-Mithal » sur le monde des formes en suspens. C'était pour peindre des formats rapides et plus petits. Je peins à l'huile alors le processus prend du temps. Là, j'ai voulu tenter une mini-série où la vitesse d'exécution et le format seraient réduits au max. Je poursuis d’ailleurs cette série.

En cette période assez particulière, comment arrivez-vous à rester productive et inspirée ?


LD : J'ai déjà fait le deuil de ce monde-système qui est en train de collapser, donc cette étape délicate est passée me concernant. Maintenant, tout reste à faire. Je pense que c'est le moment pour tout le monde de créer, dire, écrire, transmettre, enseigner, fabriquer, recycler, enfin inventer un nouveau récit pour façonner le monde dans lequel on souhaite vivre et qu'on veut voir advenir. Les masques qui tombent sur les dysfonctionnements et anomalies sont nécessaires pour qu'un réveil collectif au sens large prenne place.

On sait l'état du monde. Mieux vaut consacrer son énergie dans les choses que l'on aime et que l'on souhaite voir exister, plutôt que de la dépenser à haïr et détester ce que l'on déplore.

Je trouve l'époque passionnante malgré son aspect faussement apocalyptique car elle est pleine de promesses. Si on est courageux et malins, on peut réussir à façonner quelque chose de cohérent et humain grâce au respect du Vivant, au mutualisme, au bon sens et la priorité aux premières nécessités. Ce ne sera pas homogène, et il y aura des à-coups, de la fatigue, des colères. Mais franchement un meilleur est possible. Donc tout en étant lucide, je reste enthousiaste.


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